Le danger des nanocapsules en cosmétiques
On entend souvent parler des nanotechnologies, comme quelque chose d’extraordinaire. 
Que faut-il en penser pour nos cosmétiques ? Aujourd’hui nous essaierons de vous éclairer sur le sujet.
« Les nanotechnologies sont la conception, la caractérisation, la production et l’application de structures, dispositifs et systèmes par le contrôle de la forme et de la taille à une échelle nanométrique[]. » (selon Wikipédia). En deux mots, il s’agit de miniaturiser à l’extrême des molécules, des actifs… Pour vous dire, la taille nano c’est 10000 fois plus petit que le diamètre d’un de nos cheveux.
L’utilité dans les cosmétiques
Dans les produits cosmétiques, les nanotechnologies sont utilisées sous forme de nanoparticules. On encapsule des actifs dans ces nanoparticules pour leur donner de nouvelles propriétés. Elles améliorent ainsi le pouvoir couvrant, adhérent et pénétrant des produits cosmétiques. En d’autres termes elles augmentent l’efficacité des cosmétiques. Par exemple, on utilise sous forme de nanoparticules l’oxyde de titane pour éviter le blanchiment de votre peau lorsque vous vous enduisez de crème solaire. On encapsule aussi les vitamines E pour leur permettre de passer la barrière cutanée. Comme le disent fièrement certaines grandes marques dans leur publicité à propos des nanocapsules : «Ces transporteurs surpuissants amènent la vitamine E au cœur de vos cellules ». En mal d’innovation scientifique, les grandes marques ont lancé les nanotechnologies comme une révolution cosmétique. Mais n’y a-t-il pas un risque à aller contre nature ? Faire passer la barrière cutanée à des actifs est-il bien neutre pour notre santé ?
La Méconnaissance des nanotechnologies
Les nanotechnologies sont récentes. Nous ne connaissons pas bien leurs effets sur la santé puisque jusqu’à lors très peu d’études ont été effectuées sur le sujet. On peut donc se demander s’il est raisonnable d’utiliser dans les produits cosmétiques des substances sur lesquelles nous ne disposons que de peu de recul en terme de toxicité.
Un consensus scientifique établit qu’il ne faut pas négliger leur pouvoir. Elles sont certainement très petites mais elles sont potentiellement très dangereuses du fait de leur taille. En effet, plus une molécule est petite, plus elle a la possibilité de passer la barrière cutanée et c’est précisément de là que vient le danger. La peau est censée nous protéger des agressions extérieures. Ainsi, Roger Leblanc, chimiste à l’université de Miami, nous dit à propos de particules : « Mais quand elles sont plus petites, de la taille du nanomètre, elles pénètrent la peau et s’infiltrent dans la circulation sanguine. » Inquiétant ?
Les études se contredisent d’après le rapport de Friends of Earth. Néanmoins, certaines études les accusent tour à tour de provoquer des réactions inflammatoires, d’augmenter de stress oxydatif (une des causes identifiées de cancer) et même de toxicité cellulaire. Ainsi, des études menées à l’université de Rochester ont révélés des réactions inflammatoires dans les tissus pulmonaires. Par ailleurs, l’étude menée par The ILSI Research Fondation/ Risk Science Institute Nanomaterial Toxicity avait pour but de montrer la possible toxicité des nanoparticules pour l’homme. Elle a montré dans ses conclusions que certaines nanoparticules pouvaient être toxiques pour nos cellules, provoquer des mutations génétiques ou encore provoquer la mort cellulaire.
De plus, il est difficile de bien anticiper la toxicité des nanomolécules car modifier la taille d’une molécule connue change ses propriétés intrinsèques. Miniaturiser un actif peut modifier sa couleur, sa solubilité, sa conductivité électrique, sa mobilité… On dit même que sa réactivité chimique est amplifiée. Le stress oxydatif est ainsi accru*. Comprenez que cela amène une réaction inflammatoire forte au niveau de votre peau.
Enfin, le rapport de Friends of Earth nous signale également que les études pratiquée jusqu’ici ne l’ont pas été dans de bonnes conditions. Elles ont juste observé la capacité intrinsèque des nanoparticules à passer la barrière cutanée. Or il est connu qu’il y a des facteurs facilitant la pénétration des crèmes dans la peau : les massages, les boutons, les coupures. Ces facteurs, qu’ils « ouvrent » la barrière cutanée ou qu’ils dilatent les pores, laissent plus facilement passer les cosmétiques que l’on applique sur notre peau.
Ainsi, pour avoir des conclusions réalistes, il conviendrait de faire ces études dans les conditions réelles d’utilisation des cosmétiques et intégrer les facteurs facilitant la pénétration de ces molécules dans l’organisme.
La réponse réglementaire
Comme les nanotechnologies sont méconnues, il n’existe pour l’instant aucune législation les concernant. Ceci est donc un problème car il nous met dans l’incapacité de savoir combien de produits cosmétiques en contiennent. C’est la raison pour laquelle la Royal Society préconise l’étiquetage obligatoire des produits contenant des nanomolécules. Mais cela n’est pas une obligation puisque aucune règle en ce qui concerne les procédés de fabrication et le marketing de ces produits n’existe encore.
Très récemment (Février 2008), la communauté européenne vient de diffuser un code de conduite volontaire que les industriels peuvent tenir vis à vis des nanotechnologies. Il demande aux industriels d’apporter la preuve de l’innocuité de leurs nanotechnologies et d’assumer la responsabilité des conséquences de leur travail. Les industriels qui voudraient adopter ce code de conduite devront se soumettre à sept grands principes : précaution, intelligence, durabilité, responsabilité, transparence, excellence et innovation. Même si cette mesure est encore très faible (ce n’est qu’une incitation pas une réglementation), elle demeure très encourageante. En effet, elle montre l’intérêt croissant des réglementaires pour ce sujet sensible.
La réponse des labels bio
Tout comme les législatifs, les labels bio n’ont pas encore traité ce sujet. Bien souvent, faire le choix du bio, c’est de choisir les matières premières nobles et peu transformées. Néanmoins, il n’est pas impossible de trouver dans un produit cosmétique bio, une nanocapsule de vitamine E naturelle ou d’oxyde de zinc (pour les produits solaires). Seule la UK Soil Association a banni dans son cahier des charges bio la présence de nanoparticules.
Conclusion
Au vu de ces doutes scientifiques, nous avons souhaité vous laisser le choix dans vos achats. Ainsi, nous avons mené l’enquête pour vous auprès de nos marques. Bonne nouvelle ! Toutes nos marques attestent de formuler leurs produits sans nanocapsules. A l’avenir, nous indiquerons pour chaque nouvelle marque ou nouveau produit s’il est formulé ou non avec des nanoparticules. Bien évidemment, ces informations sont fondées sur les déclarations des marques partenaires.
* : Phénomène recouvrant de nombreuses situations pathologiques. Il est du à un déséquilibre entre les espèces oxydantes et anti-oxydantes. Plus une molécule est petite plus ce phénomène est amplifié. Plus les atomes sont proches plus il y a d’interactions, de réactivité et donc de stress oxydatif. D’autre part, plus il y a de nanoparticules moins les macrophages (fonction d’élimination des débris cellulaires et des agents pathogènes) sont aptes à les traiter. Cela entraîne une libération d’oxydants dans l’organisme. On observe alors une réaction inflammatoire forte.
Sources :
Bulletin du Dr Anne Prost ; Rapport de Friends of Earth ; Le mendiant ; Rapport de Jean-François Hochepied et Véronique Guyot-Ferréol; Cosmetics-Design





Post intéressant! Je ne connais pas très bien la nanoparticules. Je ne sais pas quelles sont les techniques réellement mises en oeuvre mais je vais essayer de me renseigner. Cependant il y a 2 choses qui me gênent.
1- Selon la loi les produits cosmétiques ne doivent pas passer le derme, alors comment peut-on retrouver ces produits dans le sang? Si ça se trouve les nanoparticules utilisées en cosmétiques sont différentes de celles de la pharma. Peut-on donc élargir les problèmes et questions à notre marché? Cependant je suis conscient de l’hypocrisie de cette loi quand on voit toutes les crèmes anti-âge sur le marché…
2- une molécule a une certaine taille. C’est physique (cela s’appelle l’encombrement stérique) et on ne peut rien y faire donc on ne peut pas rendre une molécule plus petite, on peut la modifier mais dans ce cas c’est plus la même molécule.
Les technologies (nano et micro encapsulation) de ce style servent à différentes choses: protection des molécules encapsulées (contre les ingrédients de la formule, l’oxygène de l’air…), libération contrôlée (au bout d’un temps X ou libération au fur et à mesure), plus rarement pour des raisons de formulation (pH notamment)
Bonjour Mu.
En ce qui concerne le passage du derme il s’agit de cas comme lors de l’application de produits avec des nanoparticules sur des coupures, des plaies ou des boutons puisqu’à ces niveaux la barrière cutanée est rompue.
Et pour la taille des molécules tu as raison il ne s’agit pas de miniaturiser mais de trouver des molécules ayant les mêmes propriétés mais à la taille nano.
Bonjour Paul-Benoit.
Si on parle de coupures, plaies etc toutes les molécules sont concernées, pas seulement les nanoparticules, non?
Bonjour — pas de panique! D’abord ne pas confondre les nanocapsules qui sont de toutes petites goutelettes d’eau ou/et d’huile comme lelait que les bébés boivent! Elles éclatent à la surface de la peau quand on les y appliques — avec les nanos d’argile ou de zinc qui sont des particules solides en amas qui protègent la peau et donc ne doivent pas franchir la barrière cutanée pour nous protèger du monde extérieur - on les trouve dans les crèmes solaires les plus efficaces contre les rayons du soleil(qui entre parenthèses lui peut provoquer des cancers de la peau!)Mu,pour ton info, il y a eu des études faites sur l’application sur des peaux pleines de boutons d’acné et des malades de psoriasis — elles n’ont pas mis en évidence de franchissement de la barrière cutanée — de plus, aux dernières nouvelles, des études de la FDA ‘Food Drug Administration aux US’ ont montré qu’après injection sous la peau et dans le sang de nanos de dioxyde de titane (nom savant pour l’argile…) on n’avait constaé aucun trouble — on va envore pouvoir se bronzer… même en hiver!
Je me permet de réagir au fait que tu dises le dioxyde de Titane c’est le nom savant de l’argile. L’argile est un silicate qui contient des minéraux (souvent aluminium, magnésium et fer) et parfois des oxydes de titane mais ce n’est pas le composant principal. Les oxydes de titane actuels sont en général synthètiques car traités afin de faciliter leur mise en oeuvre et surtout de les stabiliser (tendance à jaunir)
De même je ne suis pas d’accord avec le fait que tu dises que les nanoparticules sont des goutelettes d’huiles ou d’eau. En regardant très rapidement on parle de nanoparticules d’oxyde de Zinc ou d’oxyde de Titane, des minéraux donc, ce qui effectivement poussent les gens à se poser des questions sur l’inocuité de ses produits
Mu-> En effet lorsque l’on parle de plaies et de coupures toutes les molécules sont concernées mais du fait de leur tailles les nanoparticules sont plus sujettes à passer les barrières internes. D’autre part les pores de la peau sont en moyenne de 4 nanomètres donc si certaines molécules sont de l’ordre du nanomètre elles peuvent passer la barrière cutanée.
DR M.O-> Le but n’est pas de provoquer la panique mais plutôt de lancer une piste de reflexion concernant le fait que les marques ne nous renseignent pas sur la composition en nanoparticules de leurs produits. Or on peut se demander pourquoi car seulement très peu d’études ont été effectuées donc nous n’avons encore aucune certitude.
En ce qui concerne les nanoparticules et le dioxyde de titane je suis tout à fait d’accord avec Mu.
Paul-Benoit>ca fait un petit moment que je suis deconnecté de ce qui se fait en TiO2, est-on descendu jusqu’à 4 nano?? De mémoire il me semblait que les plus petit étaient >20 µm
Mu-> On est pas encore descendu en dessous de 4 nanomètres pour le TiO2 mais on s’en rapproche car le dernier chiffre que j’ai eu était de 15nm, on est donc plus très loin. Et on sait qu’il y a des molécules qui sont plus petites que 4nm comme le Platine même si on ne l’utilise pas à ma connaissance en cosmétique. Qui sait si on ne pourrait donc pas avoir dans les années à venir des molécules de TiO2 de moins de 4nm.
Ah, le voilà enfin le post qui va faire débat !
Violette : Depuis que tu m’en as parlé, je compile des centaines de sources de données pour présenter un dossier éthique sur le sujet, d’abord en ligne, puis chez mes amis de Greenpeace-WWF-Les Amis de la Terre
Sur un autre plan, je t’ai tagué : rendez-vous sur http://www.mikemetz.org pour poursuivre ce petit jeu de chaine éthique
Beau week-end
Mike
Mike, en effet, il y a vraiment de quoi faire un dossier éthique global. Je ne l’ai attaqué que du coté cosméto (mlle bio oblige) mais le sujet est très vaste ! … Alors comme ça, on me “taggue” … quel horrible mot ! Maintenant, que j’ai vu de quoi il en retourne, je suis rassurée … il va me falloir prendre le temps de répondre à cette cordiale invitation.
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